Noël, l’Avent, le 25 et après

Il fallut des centaines d’années pour que l’on passe des fameuses célébrations orgiaques de l’Antiquité aux cérémonies pudibondes de la fin du Moyen-Age , familiales, en conformité avec l’esprit chrétien. Peu à peu, les prêtres invitaient à la mesure et à la sobriété. C’est d’ailleurs fort de cette position que le Clergé prit la liberté de remplacer les représentations théâtrales paillardes, qui se jouaient à Noël depuis des siècles, par la mise en place de crèches vivantes

illustrant la naissance du Christ selon les Évangiles de Luc et de Matthieu. La tradition des crèches de Noël, et notamment celle des Santons de Provence (à partir du 18e siècle), nous vient de cette censure cléricale

En Europe catholique, Noël se fêtait en famille et les échanges de présents figuraient au nombre des traditions conservées depuis l’Antiquité. Vestiges des sacrifices aux dieux païens ou rappel symbolique des présents apportés par les rois mages au petit Christ naissant, les étrennes de Noël sont, aujourd’hui plus que jamais, les incontournables de cette fête.

Le calendrier de l’Avent est né de la période préparatoire qui précède la naissance du Christ. Il s’agit des quatre semaines avant Noël. Aux enfants, on distribuait des images saintes chaque jour pour marquer la marche progressive vers le grand jour. Puis, on remplaça les images par des friandises. Aujourd’hui, le calendrier de l’Avent cache souvent sous chaque date une pièce de chocolat représentant une scène hivernale.

Les cantiques de Noël font également partie des traditions conservées à ce jour. Il semble qu’ils soient nés très tôt dans l’Histoire mais les premiers dont on retrace l’existence apparaissent dès le 16e siècle. Les chants de Noël portent souvent des noms spécifiques. En Allemagne on les appelle Weihnachtslieder, en Espagne Villancicos, en Italie Canti Natalizi, en Roumanie Kolinde

La couronne de bienvenue quant à elle, vient de la tradition anglo-saxonne. Fixée sur la porte de la maison, elle indique que les gens seront bien reçus en cette période de l’année. Sa circularité symbolise le soleil et elle est peut-être issue des couronnes de laurier que portaient dans l’Antiquité ceux qui célébraient les fêtes païennes.

Le fameux sapin de Noël, symbole par excellence de cette fête mondialement célébrée, semble appartenir à une tradition alsacienne datant du 12e siècle. À l’époque le sapin figure l’arbre d’Éden et il fait partie des scènes que l’on joue la veille du 25 décembre dans les régions avoisinant le Rhin. On l’enjolive avec des pommes (lesquelles font référence à Adam et Ève), des roses, des papillotes, des fruits, etc.

On note cependant que lors des célébrations païennes déjà, on dansait autour d’un arbre de vie orné de fruits et de fleurs. Au fil des siècles, on ajouta au sommet du sapin la fameuse étoile de Bethléem. Les premières illuminations de sapin commencèrent au 17e siècle et furent des plus périlleuses. Comme la cire était coûteuse, on fixait aux branches de l’arbre des coquilles de noix remplies d’huile dans lesquelles on faisait brûler une courte mèche.

Les ornements pour leur part firent leur apparition vers 1860 alors que les artisans verriers de Meisenthal en Moselle fabriquèrent les premières boules de Noël. Enfin, c’est aux Américains que revint la création des lumières pour sapin, éclairage électrique qui réduisit considérablement les risques d’incendie imputables aux anciennes méthodes d’éclairage à la bougie ou à l’huile.

La bûche de Noël est semble-t-il originaire des pays nordiques, germains notamment, et elle symbolisait la chaleur, le soleil, le feu. Jadis, on la bénissait avant de l’allumer et tout le temps des réjouissances elle brûlait pour réchauffer la famille, les amis, les voisins, les pauvres hères qui demandaient l’asile. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on en fit un dessert, par désir de commémorer son usage, alors que l’on se mit à chauffer les chaumières avec différents systèmes n’employant plus le bois.

Le Père-Noël est sans doute le symbole moderne qui a révolutionné la magie de Noël pour en faire ce festival mercantile que l’on connaît de nos jours. Succédant à Saint Nicolas, patron des écoliers et protecteurs des enfants, le Père-Noël issu d’un conte de 1821 écrit par un pasteur américain, Clément Clarke Moore (1779-1863), et finalement peaufiné par le génie publicitaire de Coca-Cola (1931), est devenu la figure mythique adulée des enfants.

Créant une véritable lame de fond, l’image de ce bonhomme joufflu et jovial a littéralement soufflé les repères ancestraux et religieux légués par la fête de Noël au profit d’une toute nouvelle mythologie, beaucoup plus excitante pour les petits, principaux intéressés désormais. L’invention du Pôle-Nord, du royaume du Père-Noël, des lutins et des fées qui travaillent jours et nuits à la fabrication des jouets et à l’organisation de la Grande Nuit de Noël, le gigantesque traîneau débordant de cadeaux somptueux, les rennes magnifiques… Toute cette fantaisie n’a mis que quelques années à supplanter dans le cœur des enfants les vieilles légendes de Noël.

Aussi, malgré tous les débordements d’achats qu’occasionne la fête de Noël, il est des valeurs que l’être humain a pris soin de garder précieusement dans son bagage héréditaire au fil des siècles : le sens du partage, le plaisir de voir les sourires s’illuminer sur tous les visages, le goût de l’humanité…

Joyeux temps de Fêtes à tous, pour tous !